Une chaîne de télévision privée burkinabè, BF1, dont un journaliste a été interpellé pour avoir diffusé des propos de ses confrères dénonçant des atteintes à la liberté d’expression, a présenté des excuses mercredi, selon un communiqué du média.
Le Burkina Faso, gouverné depuis septembre 2022 par une junte autoritaire, connaît depuis un peu plus d’une semaine une nouvelle vague de répression des voix dissidentes. Lors d’un congrès de l’Association des journalistes du Burkina (AJB) tenu vendredi, ses membres avaient dénoncé publiquement la multiplication des atteintes à la liberté d’expression et de presse, qui ont atteint un niveau jamais égalé. Ils avaient également qualifié deux médias publiques « d’outils de propagande ».
Des propos relayés par la chaîne privée BF1, dont le journaliste Luc Pagbelguem a été emmené lundi « par des agents du conseil national de sécurité » qui souhaitaient l' »entendre », selon son média.
« La direction de la télévision BF1 présente ses sincères excuses au public burkinabè, à la Radiodiffusion télévision du Burkina Faso (RTB), à l’Agence d’information du Burkina (AIB) et aux autorités burkinabè pour la diffusion d’un reportage relayant les propos de l’Association des journalistes du Burkina », a-t-elle déclaré mercredi dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux.
La direction affirme avoir envoyé des lettres d’excuses à la RTB et à l’AIB et décidé de la suppression du reportage de tous ses canaux. Le président de l’AJB Guézouma Sanogo et son vice-président Boukari Ouoba ont été arrêtés lundi à Ouagadougou et emmenés vers une destination inconnue à la suite de leurs déclarations, selon leur association. Le lendemain, le gouvernement burkinabè a annoncé la dissolution de l’AJB, évoquant des raisons administratives.
La semaine dernière, le mouvement politique Sens (Servir et non se servir), qui s’était indigné d’un massacre de civils attribué aux forces de sécurité, avait dénoncé l’enlèvement de cinq de ses membres.
Depuis le coup d’Etat du capitaine Ibrahim Traoré en 2022, de nombreux cas d’enlèvements de voix considérées comme hostiles au régime ont été rapportés dans la capitale et d’autres localités.