L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a exhorté mercredi le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, à « faire toute la lumière » sur l’enlèvement d’un journaliste congolais dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), retrouvé « en mauvais état » selon son avocat.
Honneur-David Safari, rédacteur en chef du média La Prunelle RDC, connu pour ses enquêtes critiques, a été enlevé dimanche à Bukavu, capitale de la province congolaise du Sud-Kivu, par des hommes non identifiés. Il a été retrouvé mercredi dans un terrain vague près de Nyantende, « le corps portant des traces de torture », a indiqué son avocat Pascal Mupenda, cité par RSF.
« RSF est soulagée par la libération d’Honneur-David Safari mais condamne fermement l’enlèvement et les sévices qu’il a subis », a déclaré Sadibou Marong, directeur Afrique subsaharienne de l’organisation. « Nous demandons désormais à la coalition AFC/M23 qui contrôle la ville (de Bukavu) de faire toute la lumière sur cette grave attaque et de garantir que cela n’arrive plus », a-t-il ajouté. L’AFC (Alliance fleuve Congo) est une coalition de groupes armés congolais opposés au pouvoir central de Kinshasa.
Le M23, qui contrôle de larges pans de territoire depuis sa résurgence en 2021, s’est emparé de Bukavu en février après avoir pris en janvier Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. Cette région frontalière du Rwanda, riche en ressources, est en proie aux violences depuis plus de trois décennies.
Selon RSF, le journaliste avait alerté son épouse quelques minutes avant sa disparition. Des sources locales affirment qu’il a été détenu par la coalition rebelle – une accusation démentie par le groupe armé.
Depuis la prise de Bukavu, Safari poursuivait son travail de façon indépendante, publiant récemment des enquêtes sur des marches « forcées » de soutien au M23 et le retrait de ses combattants d’Uvira en décembre, selon RSF. Ces mobilisations, organisées à Goma et Bukavu, ont été dénoncées par Kinshasa comme des démonstrations « sous contrainte ».
Uvira, ville stratégique du Sud-Kivu, a été capturée le 10 décembre lors d’une offensive du M23 le long de la frontière burundaise, alors que la RDC et le Rwanda signaient à Washington un accord de paix sous l’égide du président américain Donald Trump.
L’enlèvement de Safari est survenu dans un contexte de forte insécurité pour la presse dans l’est de la RDC, où des cas similaires ont été signalés, dont celui d’Amisi Musaada en avril, selon RSF. La RDC occupe la 133e place sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse établi par l’organisation en 2025.

